Organisme Humanitaire? Ah bon?
Madame X à 49 ans et des poussières.
Elle a perdu son travail il y a 20 mois.
Depuis elle se démène pour en retrouver.
Sur ces 20 mois, elle a postulé pour une moyenne de 3 emplois par semaine.
(La moyenne a été faite par l'Onem, service qui paye ses allocation de chômage et auprès de qui elle a reçu des félicitation pour sa « recherche active d'un emploi. »)
Madame X est trop vieille.
Non pas qu'elle se sente vieille. C'est une personne dynamique,
plutôt optimiste, positive, je dirais. Mais Madame X est trop vieille.
C'est ce que lui disent les employeurs auprès de qui elle postule.
Ceux qui ont encore quelque peu de tact pour répondre à sa question: « Pourriez-vous me dire en quoi je ne convenais pas pour cet emploi. »
Ceux qui daignent envoyer LA réponse faisant suite à l'entretien ou simplement à la lettre de motivation et au Curriculum Vitæ que Madame X leurs a envoyés.
Les employeurs en question ne sont pas des Grands Méchants Loups, mais vu la conjoncture actuelle, et le nombre d'années de travail de Madame X, financièrement, ils ont tout intérêt à engager des « Plan Rosetta » (→ emploi pour moins de 26 ans, fortement subventionné.) plutôt qu'un « plan Activa » (→emploi subventionné dans le cadre duquel Madame X est inscrite.)
C'est évidemment devenu une source d'anxiété pour Madame X., alors qu'elle se sent parfaitement apte à travailler, car déesse merci pour elle, elle a deux bras, deux jambes, un cerveau qui fonctionne et une bonne expérience dans le type de travail qu'elle recherche.
Une Organisation Humanitaire Non gouvernementale bien connue, recrute pour un travail tout à fait adapté aux diplômes et à l'expérience professionnelle de Madame X, ceci en trois lieux différents de la Belgique francophone.
Avant d'envoyer ses lettres de motivations et Curriculum Vitæ, elle téléphone au siège central de cet organisme, en effet, vu le fait que son âge est un obstacle-ce dont elle n'avait pas la moindre idée avant- elle préfère poser la question.
A Bruxelles, au siège central de cette ONG, on la rassure; pas de soucis, si elle convient pour un de ces 3 postes, quel que soit son âge, elle sera engagée.
L'aubaine. Mais Madame X reste calme: ils sont nombreux sur la liste, évidemment.
Pour le premiers de ces emplois, Madame X réussi la première épreuve qui est celle de la motivation.
Elle passe également, un mois plus tard, la deuxième épreuve qui est une épreuve écrite, et effectivement, il y a une vingtaine de personnes et de tous âges.
Encore un mois plus tard, elle apprend qu'elle est convoquée pour un entretien, ils ne sont plus que 5 sans-emploi en lice, alors qu'ils étaient plus de 200 au départ.
Madame X est bien sûr plus que très contente que sa candidature ait été retenue parmi ces 5 personnes, tout en faisant la part des choses: il est tout à fait possible qu'elle fasse partie des quatre personnes qui ne seront pas engagées.
Cela étant, elle se rend au lieu de l'entretien où l'attendent la directrice et la sous-directrice.
Madame X se sent quelque peu stressée et le dit dès le début de l'entretien, en effet, après autant de mois de recherches infructueuses, c'est une réaction tout simplement humaine, et le fait que dans ce cas ci, il ait fallut près de 2,5 mois entre l'épreuve de motivation et l'entretien, joue aussi en faveur du stress.
Madame X préfère mettre cartes sur table d'emblée afin qu'il n'y ait pas de malentendus. Ceci n'a pas l'air de plaire à la directrice qui lui signale qu'elle a connu précédemment dans ce travail une personne stressé, et que c'était une source d'ennuis.
Il semblerais, que la directrice de ce centre appartenant à cette ONG humanitaire soit quelque peu dure d'oreille, en effet, Madame X a dit très clairement et sincèrement la raison de son stress, pour bien faire comprendre qu'elle n'est pas une personne stressée, mais que les circonstances de cet entretiens la stressaient quelque peu pour les raisons évoquées.
Cette incompréhension, majeure, mise de côté, il semblerait que Madame X convienne pour l'emploi.
C'est alors que surgit une question étrange: Madame X serait-elle d'accord pour être engagée à mi-temps pour le travail dont il est question et pour un autre mi-temps correspondant à un tout autre autre travail, toujours au même endroit.
Il se trouve que par le plus grand des hasard, Madame X est compétente pour effectuer ce deuxième mi-temps également, et c'est avec enthousiasme qu'elle répond: « Oui, bien sûr! »
C'est alors que la directrice de ce centre de cette ONG humanitaire lui dit ceci:
« Je ne suis pas dans votre situation, évidemment, il m'est facile d'en parler ainsi, moi qui ai du travail, mais Madame X, je crains que vous ne soyez prête à faire absolument n'importe quoi pour pouvoir travailler. Votre désir de travailler me semble trop « pressant ». »
Si ce dernier point peut être écrit au mot près, c'est que Madame X en a la preuve.
Et ne souhaite pas qu'il en soit dit plus à ce propos. (Ce que j'avais fait lors du premier postage, et je m'en excuse encore beaucoup auprès de Madame X.)
Madame X a été très surprise. Voila que son désir de travailler était devenu un handicap.
Forte de cet enseignement, elle a postulé pour les deux autres emplois à pourvoir dans cette ONG, mais ailleurs en Belgique, en tâchant de faire preuve de moins d'enthousiasme.
Pour le deuxième elle a reçu une lettre « nous sommes désolés, blabliblabla » et elle en les remercie -car quand vous êtes sans emploi l'espoir fait vivre, mais l'attente fait mourir (comme disait ma grand-mère qui n'a pourtant pas connu le non-emploi) et la boite aux lettres devient un objet particulièrement particulier, je le sais pour l'avoir vécu moi-même.
Pour le troisième, elle n'a toujours pas, près de trois mois plus tard, reçu la moindre réponse.
Je rappelle qu'il s'agit non pas d'une banque ou d'une compagnie d'assurance, mais d'un organisme humanitaire.
Madame X a été quelque peu découragée quant à la possibilité de travailler de nouveau, mais elle vite sortie de sa torpeur et s'est remise à chercher du travail.
A juste raison, il me semble, Madame X nous a fait part de sa déception de ne pas avoir obtenu le travail en question, mais c'est une personne lucide et positive et elle s'attendait à la possibilité qu'une autre personne convienne mieux qu'elle pour l'emploi, c'est la vie dirais-je et c'est ce qu'elle a exprimé en d'autres termes.
Ce qui lui a paru violent c'est la manière dont à été conduit l'entretien etles mots
qui y ont été prononcés.
Madame X se garde bien ne ne plus jamais postuler "dans l'humanitaire", en effet, d'après ses dires, c'est bien la première fois qu'elle a été aussi peu respectée en tant que personne au chômage, ce qui est tout de même un comble.
Ou pas.
C'est peut-être que "l'humanitaire" n'est plus ce qu'il était.
Ou alors qu'il ne l'a jamais été.
Vaste procès.
Il est vrai que le dérapage de cette petite assoc qu'est "l'arche de zoé", par son ethnocentrisme, son irrespect des populations censées "être aidées", a permis de soulever bien des questions quant aux Multinationales Humanitaires.
Et je ne pense pas que le cas de Madame X soit hors sujet par rapport à cela.
Bien au contraire.
*
0 comments:
Post a Comment